Un atelier bientôt centenaire

L’origine de l’Atelier Contrepoint c’est l’Atelier 17 créé par Stanley William Hayter. Dès 1926, Hayter installe son premier atelier Villa Chauvelot ; puis déménage en 1933 au 17, rue Campagne-Première. L’Atelier 17 proprement dit. L’espace plus grand permet de travailler davantage et l’atelier est désormais ouvert trois jours par semaine. Professionnels confirmés et débutants travaillent côte à côte. Hayter n’enseigne pas, mais il encourage l’expérimentation constante et la transformation de la plaque en un résultat imprévu, idéalement un saut dans l’inconnu sans idées préconçues. L’enthousiasme qu’il a suscité par son approche et ses idées novatrices a attiré de nombreux artistes : Maria Helena Vieira da Silva, Arpád Szenes, Alexander Calder, Alberto Giacometti, Jean Hélion, David Smith, Wassily Kandinsky, Yves Tanguy, Max Ernst, Wolfgang Paalen et bien d’autres. Pablo Picasso y passe pour des conseils techniques.

Le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale en 1939 a forcé la fermeture de l’Atelier 17 à Paris, mais lorsqu’il est arrivé aux États-Unis en 1940, Hayter s’est vu offrir un espace à la New School for Social Research à New York et il s’y est installé. De nombreux artistes surréalistes en exil commencent à travailler avec lui, notamment Dalí, Masson, Calder, Tanguy et Chagall. Roberto Matta et Robert Motherwell sont également rejoints par un groupe de jeunes artistes américains dont beaucoup avaient travaillé pour la WPA (Works Progress Administration). En 1945, l’Atelier déménage dans un espace beaucoup plus grand dans l’East 8th Street où Jackson Pollock, Reuben Kadish, Fred Becker, Mark Rothko, Willem De Kooning, William Baziotes, Louise Bourgeois, Louise Nevelson, Sue Fuller, Dorothy Dehner, Minna Citron, Wifredo Lam et Joan Miró, entre autres, rejoignent le groupe. L’expérimentation est toujours à l’ordre du jour. De nombreuses manières inventives d’ajouter un fond mou à la ligne du burin, en imprimant toutes sortes de textiles et de tissus sur la plaque, sont essayées avec plus ou moins de succès. La couleur commence également à jouer un rôle prédominant et des tentatives constantes sont faites pour trouver un moyen d’imprimer en couleurs simultanées.

Hayter est retourné à Paris en 1950 et, rapidement, a trouvé un local où il a pu rétablir l’Atelier 17. Au cours des années suivantes, il y aura de nombreux autres déménagements jusqu’à sa mort en 1988. Au cours des années 1950, les artistes de l’atelier étaient principalement des Européens, mais aussi des Américains qui avaient étudié avec des membres du groupe new-yorkais de l’Atelier 17, qui enseignaient l’art et la gravure dans des universités un peu partout aux États-Unis.

Au cours des années 1960 et jusque dans les années 1980, de nombreux graveurs sont arrivés du Japon et de la Corée, ainsi que de l’Inde et de l’Amérique du Sud, travaillant côte à côte. En résultait, outre l’échange technique, l’échange culturel qui a donné lieu à une camaraderie vivante et dynamique.

L’utilisation de la couleur dans la gravure a progressivement pris de l’importance à partir des années 1950. C’est le résultat de la longue et patiente recherche entamée dans les années 1930 par Hayter et Anthony Gross. Ils étaient convaincus qu’Hercule Seghers (au 17e siècle) avait utilisé la couleur simultanée ; ils ont essayé de comprendre le processus.

Au cours des années 1940, de nombreuses tentatives ont été faites, avec des résultats variables. En 1947, Hayter avait déjà réalisé une gravure, Falling Figure, qui utilisait des écrans et des encres de différentes viscosités. Mais les résultats n’ont été concluants qu’une dizaine d’années plus tard, lorsque Krishna Reddy et Kaiko Mots ont mis la dernière pièce du puzzle en place. Depuis lors, l’impression en couleur simultanée, plus communément appelée impression par viscosité, est largement utilisée.

Cette technique d’impression a continué d’évoluer et de se développer. Sous l’égide d’Hector Saunier et de Juan Valladares, durant trois décennies après la disparition d’Hayter. Et désormais, Shu Lin Chen poursuit l’aventure de la couleur simultanée avec l’atelier Contrepoint.