{"id":92,"date":"2021-12-03T12:59:52","date_gmt":"2021-12-03T11:59:52","guid":{"rendered":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/?p=92"},"modified":"2025-02-17T21:54:26","modified_gmt":"2025-02-17T20:54:26","slug":"quand-impression-devient-creation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/2021\/12\/03\/quand-impression-devient-creation\/","title":{"rendered":"Quand impression devient cr\u00e9ation"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 quelques rues de la gare Montparnasse, l\u2019Atelier Contrepoint enfant de l\u2019Atelier 17, est un lieu \u00e0 la fois secret et c\u00e9l\u00e8bre de Paris, bient\u00f4t centenaire, consacr\u00e9 \u00e0 la gravure. Il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e en 1927 par un jeune anglais, Stanley William Hayter, peintre et chimiste ! Apr\u00e8s quelques ann\u00e9es pass\u00e9es au Proche-Orient au service de la Standard Oil Company, il a choisi l\u2019art et Paris.<br>Son atelier ressembla vite a un antre d\u2019alchimiste tant il aimait essayer de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s et mani\u00e8res. Toutes les formes de gravure y \u00e9taient pratiqu\u00e9es, il m\u00e9langeait sans complexes l\u2019usage du burin, pointe s\u00e8che, vernis, acides, etc. ! Cela ne se faisait pas ! Mais \u00ab Bill \u00bb concevait plut\u00f4t ce lieu comme un laboratoire exp\u00e9rimental pour les artistes. Tout savoir \u00e0 transmettre \u00e9tait con\u00e7u par lui comme en cours d\u2019\u00e9laboration et de m\u00e9tamorphose.<br>Il connut pour cela un grand afflux de peintres d\u00e9sireux d\u2019y recueillir une stimulation cr\u00e9ative. En cette \u00e9poque d\u2019entre deux guerres, cette aspiration \u00e0 la libert\u00e9 concernait autant l\u2019inspiration que la pratique du m\u00e9tier. Beaucoup de ses \u00ab \u00e9l\u00e8ves \u00bb ou plut\u00f4t, \u00ab compagnons de recherche \u00bb, ont laiss\u00e9 un nom dans l\u2019histoire !<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">La r\u00e9volution de la couleur<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un de ses plus remarquables terrains de d\u00e9couverte a \u00e9t\u00e9 de traiter la couleur, au moment de l\u2019impression, autrement que comme un coloriage. Elle \u00e9tait pour lui la substance m\u00eame de l\u2019\u0153uvre. Sa d\u00e9couverte ? Faire en sorte que l\u2019\u00e9clat lumineux produit par la gravure vienne de la superposition de plusieurs couches de couleur pos\u00e9es les unes sur les autres, simultan\u00e9ment, sans se m\u00e9langer. La plaque est d\u00e9sormais con\u00e7ue comme un mur recevant la lumi\u00e8re, qui apr\u00e8s l\u2019avoir percut\u00e9, la rayonne ou l\u2019absorbe. La lumi\u00e8re entre dans la mati\u00e8re color\u00e9e, se r\u00e9fracte, produit l\u2019effet du \u00ab glacis \u00bb bien connu des peintres. La couleur n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019un m\u00e9lange sur la palette mais proc\u00e8de de la mati\u00e8re color\u00e9e de l\u2019\u0153uvre.<br>Le \u00ab secret \u00bb de Hayter r\u00e9side dans sa connaissance de chimiste de la tension diff\u00e9rentielle qui se produit \u00e0 la surface des fluides . Ainsi, le graveur utilise une plaque grav\u00e9e unique. Il l\u2019a travaille pour obtenir un relief o\u00f9 s\u2019agencent des surfaces lisses ou vibrantes, ayant du grain, des effets de mati\u00e8re, afin d\u2019accrocher ou non au passage la couleur lumineuse. Il y d\u00e9pose trois couches de couleur, les unes sur les autres, chacune diff\u00e9remment charg\u00e9e d\u2019huile de lin. Ainsi elles se superposent sans se m\u00e9langer. La premi\u00e8re couche est encr\u00e9e \u00e0 la main et concerne les tailles les plus profondes. La deuxi\u00e8me est pos\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 un rouleau dur, avec une deuxi\u00e8me couleur satur\u00e9e d\u2019huile qui ne touche que les surfaces lisses. La troisi\u00e8me pellicule color\u00e9e est transpos\u00e9e par un rouleau mou, d\u00e9posant l\u2019encre plus dense de la troisi\u00e8me couleur \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des tailles les plus larges seulement. Tel est le principe simple, aux possibilit\u00e9s et variantes infinies ! Tous les styles, mani\u00e8res d\u2019utiliser burin, eau forte ou vernis mou y trouvent un chemin singulier.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">L\u2019effet visuel<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 des effets chromatiques plus subtils et vari\u00e9s, quelque chose de tr\u00e8s nouveau s\u2019est produit : des effets visuels de profondeur, fluidit\u00e9, mouvement, de basculement spatial. Ils firent choc : ce qui cr\u00e9e la sensation d\u2019espace n\u2019est pas tant la perspective que la couleur.<br>Ainsi cette technique de la couleur faisant corps avec le m\u00e9tal ouvrag\u00e9 se d\u00e9veloppa et engendra des \u0153uvres d\u2019une grande diversit\u00e9. La nouvelle se propagea, le secret du proc\u00e9d\u00e9 technique voulut \u00eatre connu et bient\u00f4t arriv\u00e8rent des praticiens du monde entier pour l\u2019apprendre \u00e0 Paris. Il est vrai, Hayter avait une qualit\u00e9 rare : il \u00e9tait g\u00e9n\u00e9reux de tous ses savoirs. Un de ses \u00e9l\u00e8ves, George Ball, qui devint lui aussi un graveur accompli et aim\u00e9, disait de lui : \u00ab Tout ce qu&rsquo;il savait, il le partageait avec ses coll\u00e8gues de l&rsquo;Atelier 17. Ceci me semble la marque d&rsquo;un tr\u00e8s grand professeur. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Un atelier international \u00e0 Paris<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re vague d\u2019artistes \u00e0 fr\u00e9quenter l\u2019Atelier 17 a \u00e9t\u00e9, entre les deux guerres, ceux qui venus du monde entier ayant choisi de vivre \u00e0 Paris. Apr\u00e8s la guerre, la deuxi\u00e8me vague fut majoritairement am\u00e9ricaine. Rapidement arriv\u00e8rent aussi les sud-am\u00e9ricains, europ\u00e9ens, australiens. Les japonais leur emboit\u00e8rent le pas, ainsi que les ta\u00efwanais, cor\u00e9ens, indiens. Puis, d\u00e8s que les fronti\u00e8res de la Chine s\u2019ouvrirent ont vit accourir les chinois. Les artistes d\u2019Extr\u00eame-Orient ont une tr\u00e8s ancienne pratique de la gravure sur bois et de l\u2019estampe en couleurs et se sentaient en cela tr\u00e8s concern\u00e9s par la d\u00e9couverte.<br>Ainsi se sont li\u00e9es beaucoup d\u2019amiti\u00e9s intercontinentales qui dur\u00e8rent longtemps apr\u00e8s le retour de chacun dans son pays, elles ont entra\u00een\u00e9 dans le sillage le voyage des \u0153uvres pour des expositions communes.<br>S.W Hayter a quitt\u00e9 ce monde en 1988. Hector Saunier ainsi que Juan Valladar\u00e9s qui l\u2019avaient assist\u00e9 pendant plusieurs d\u00e9cennies \u00e0 l\u2019Atelier 17 ont repris les r\u00eanes. Il devint alors l\u2019Atelier Contrepoint. Valladar\u00e9s a quitt\u00e9 l\u2019aventure en 2019. Mais l\u2019atelier suscite toujours autant d\u2019int\u00e9r\u00eat autour de la plan\u00e8te et Shu Lin, venue de Taiwan en 1995, a pris le relais de Juan. Elle conna\u00eet le m\u00e9tier, l\u2019exerce avec ma\u00eetrise, elle est l\u2019\u00e2me des lieux, dispense les secrets d\u2019atelier et compl\u00e8te Hector Saunier dans le travail de transmission. La diff\u00e9rence des gouts et sensibilit\u00e9s entre les deux \u00ab ma\u00eetres \u00bb est tout \u00e0 fait dans l\u2019esprit de l\u2019atelier. Hector Saunier a \u00e9t\u00e9 le grand explorateur des effets d\u2019espace. Il en est le virtuose et ma\u00eetre incontest\u00e9. Il conna\u00eet toutes les mani\u00e8res d\u2019\u00e9voquer l\u2019immensit\u00e9 intersid\u00e9rale\u2026 avec un burin, une plaque et trois couleurs\u2026 Shu Lin quand \u00e0 elle aime la figuration, la nature. Elle con\u00e7oit la couleur de fa\u00e7on plus terrestre, sensible, vaporeuse. On pourrait caract\u00e9riser Hector de graveur d\u2019inspiration cosmique et Shu Lin de po\u00e8te du monde \u00ab atmosph\u00e9rique \u00bb.<br>Exp\u00e9rimentation et diversit\u00e9 reste la formule, l\u2019ADN, de l\u2019Atelier Contrepoint.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left has-small-font-size wp-block-paragraph\">Aude de Kerros est graveur et essayiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 quelques rues de la gare Montparnasse, l\u2019Atelier Contrepoint enfant de l\u2019Atelier 17, est un lieu \u00e0 la fois secret<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":185,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-92","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire-de-latelier","comments-off"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":106,"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92\/revisions\/106"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/185"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ateliercontrepoint.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}